Article dans Paris-Normandie du 15 février 2020

Débat. L’association Parsort relance l’idée du tirage au sort auprès des candidats aux municipales pour tester une forme de démocratie délibérative.

Et si face à la défiance on commençait par revivifier la démocratie locale en y ajoutant une dose de tirage en sort dans l’exercice de la vie municipale ? C’est le cheval de bataille – l’utopie diront les sceptiques – de l’association Parsort, qui relance l’idée auprès des candidats aux municipales de mars 2020.

Bien avant le surgissement de cette urgence de parole citoyenne, cristallisée notamment par le mouvement Gilets jaunes, puis par un grand débat national, l’association, créée en 2016, a tenté l’expérience d’un conseil de proximité, pendant deux ans, à l’échelle d’un quartier de Mont-Saint-Aignan, avec des représentants tirés au sort.

« Ni un gadget ni une béquille »

Guy Lamoureux, président, a pris sa plume et son téléphone, pour interpeller, à l’échelle de toute la métropole rouennaise, ces listes dites citoyennes ou celles qui annoncent une volonté « participative », que ce soit à Rouen, dans les communes de la rive droite ou gauche.

Que leur dit-il ? « Parlons-nous, parlons des outils qui permettraient aux administrés de se sentir moins éloignés des décisions prises… Toutes les élections, même locales, voient leur taux d’abstention croître, révélant une implication démocratique moindre des citoyens. Tentons un essai, dans un périmètre à définir pour inventer une nouvelle forme de démocratie délibérative. »

Sans être politologue, cet ingénieur à la retraite se passionne pour les questions de représentativité. « En démocratie, deux grands modes de représentation peuvent être utilisés : soit le mode électif, soit le tirage au sort, avec pour chacun des variantes. Le tirage au sort, longtemps oublié, refait surface », expose Guy Lamoureux. On le voit notamment avec la convention citoyenne pour le climat, où 150 citoyens ont été tirés au sort, ou dans des communes où parfois des listes expérimentent le tirage au sort des colistiers, comme à Saint-Malo. « Le tirage au sort peut enrichir cette démocratie locale dont tous les candidats parlent, amener des abstentionnistes à s’impliquer, redonner le goût du débat politique à ceux si nombreux à manifester leur mécontentement », poursuit-il.

Selon Parsort, la discussion est ouverte sur la taille de l’échantillon représentatif à tirer au sort et le nombre de ces citoyens appelés à siéger dans une forme de conseil municipal bis, sans ôter le pouvoir décisionnaire des élus. « Il faut un engagement fort de la municipalité élue. Car la démocratie participative nécessite également de former les gens pour que l’exercice ne soit pas un gadget ni une béquille pour se relégitimer. Ce groupe tiré au sort pourrait être une force de proposition auprès des élus, permettrait d’anticiper certaines actions et pourrait être renouvelé tous les deux ans », imagine Parsort.

Outre le mérite de tordre le cou aux adeptes du « y’a qu’à », l’expérience permettrait de dépasser le conflit élites contre populistes et de sortir de cet épuisement démocratique, avec une représentation élue par trop peu de citoyens. Alors, qui dira chiche à une part de tirage au sort pour inventer, à l’échelon municipal, une nouvelle culture du partage de la décision ?

Contact sur www.parsort.org ou par mail à parsort@orange.fr

Article de Sophie Bogatay, journaliste de l’agence locale de Rouen
paru dans Paris Normandie du 15/02/2020